Mon collègue PPI (le Parfait Petit Interne)

23 avr

C’est en pleine résolution illusoire d’être désormais parfaite et irréprochable après la boulette de l’autre jour (cf. Ma-faute 3 fois), que j’ai axé mon attention sur PPI au hasard d’une balade de couloir en allant évaluer un patient (et non pas au relais-café, car PPI ne traîne pas ses sabots au relais-café). Je me suis dit que s’il devenait mon idole (je dis ça parce que mes autres idoles ont tous fini dans la débauche: la drogue, le libéral, etc) ça m’aiderait peut-être à être médicalement plus adaptée. J’ai dressé une liste de ce qui me semble parfait chez PPI.

PPI

1) Le PPI a toujours sur lui un stylo 4 couleurs, du T-pex, une petite paire de ciseaux à bouts arrondis, et un rouleau d’élasto. Pour faire du bon travail, faut être équipé. "Merde j’ai perdu ma lampe à pupilles!" dit l’interne lambda genre PIU. "Prends celle-ci, j’en ai toujours deux sur moi", répond le PPI (non mais parce qu’en plus il est aidant, pff).

2) Le PPI met avec joie sa vie extra-hospitalière de côté "POUR-ASSURER-LA-CONTINUITÉ-DES-SOINS". Il est conscient de faire le plus beau de tous les plus beaux métiers du monde. C’est important d’aimer ce qu’on fait. Moi dernièrement j’aime surtout manger pour gérer ma frustration au boulot.

3) Le PPI est toujours enchanté de faire une admission, et ce à tout moment: en pleine nuit, au moment de se mettre à table, au moment de rentrer à la maison… Car chaque admission est un cadeau de la vie, une opportunité d’en apprendre un peu plus, chaque jour. Et ça le PPI en a conscience. Moi honnêtement je vous dis, mon entrée de 6h du matin après une garde blanche, j’étais pas mécontente de la bâcler boucler.

4) La satisfaction du PPI à l’admission d’un nouveau patient est directement proportionnelle au nombre de ses comorbidités. "Génial!", s’exclame le PPI. Car il a compris, lui, que plus le patient est polypourri, plus ça va être intéressant.

5) Le PPI n’est jamais pressé de faire les transmissions au moment de la remise de garde, il n’est nullement pressé de quitter cet endroit où il se sent si bien. Il profite d’ailleurs souvent de ce moment de rencontre pour partager avec ses collègues et chefs ses impressions concernant le dernier article du NEJM, pendant que les autres internes, faisant preuve d’un désintérêt pathologique, trépignent parce qu’ils ont prévu d’aller descendre des pintes de Del Trem au Rivolux.

6) Le PPI est parfois amené à donner des ordres téléphoniques. Il pourrait se contenter de prescrire ce paracétamol pour l’arthrose de genou symptomatique et stable depuis 15 ans chez la patiente du 8, mais non. Le PPI se lève en pleine nuit pour aller voir quand même, car "on ne sait jamais". Le PPI est consciencieux.

7) Le PPI pense toujours à noter le poids, la taille, et fait toujours une anamnèse psychosociale et familiale sur 3 générations. Il n’oublie bien sûr jamais la question des voyages en zone tropicale et la présence d’animaux de compagnie au domicile. "Oui Docteur, j’ai travaillé dans les foins pendant toute mon enfance et mon adolescence car mes parents avaient une ferme". Bingo.

8) Le PPI examine toujours les espaces interorteils.

9) Le PPI a toujours un contact extraordinaire avec ses patients ainsi qu’avec ses collègues internes et IDE. Ainsi, outre les croissants (voir point 10), il partage toujours les innombrables boîtes de chocolats qu’il reçoit de la part des familles éternellement reconnaissantes. Le PPI est empathique mais pour de vrai, et il trouve toujours le temps de parler aux familles (comme si le temps était extensible et la patience aussi).

10) Le PPI est un passionné de plongée sous-marine, d’alpinisme, il a été champion national d’escrime en fin d’internat, et apprend le chinois dans son temps libre quand il en a marre de lire BMJ. Sinon, il a aussi des amis, une fiancée avec qui il a visiblement une vie sexuelle épanouie, et pour se maintenir en forme, il nage 2 km tous les matins avant de se rendre au boulot, les cheveux encore mouillés, le sourire aux lèvres, et les croissants à la main.

Enfin voilà.
Je crois qu’on sera jamais potes. Je sais pas trop pourquoi.

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Tu veux te soigner VITE et BIEN? ceci est pour TOI!

21 avr

Tu veux te soigner VITE et BIEN? ceci est pour TOI!

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L’allemand en médecine: pourquoi j’ai renoncé

21 avr

Les langues et la médecine

Ma-faute 3 fois

19 avr

Il est 11h, reste une seule place en Soins Continus et 2 en Réa. Mais la journée et la nuit qui suivra sont longues, les collègues sont crevés, la moitié des chefs en réunion de crise dans un Service qui bat de l’aile. Bref, ça craint.

C’est moi qui ai la chance d’avoir ce jour la "boîte à musique", ce téléphone moche vieux et gras qui s’ouvre constamment en laissant tomber ses piles et dont la sonnerie me rend tarée: le bip de garde de réa. Wé!

Les urgences, bien connues pour crier constamment au loup, rappellent pour une patiente chez eux depuis hier et que mon collègue de nuit est déjà passé voir.

Une décompensation BPCO, bof, normopH. Va pas si mal quoi à en croire l’écran, ok elle siffle, ok elle est insuffisante respiratoire sévère sur mille pathologies multipliées entre elles et elle dit que ça-y-est-cette-fois-je-vais-passer-l’arme-à-gauche et elle est malheureusement encore autonome (et donc potentiellement admissible en Réa).

Je vais voir la dame en question, mais avant ça, petite tape dans le dos des chefs blasés et du collègue qui s’occupe des Soins continus et qui n’a pas du tout envie de remplir son dernier lit, surtout qu’une entrée ça prend bien une bonne heure et nous on a du boulot administratif en retard avec le Service qui nous persécute depuis Noël pour une histoire de compte-rendus à la con. Je descends donc à la mine (comprendre: les urgences).

La petite dame est là. Elle avait désaturé sous ses 2 litres habituels, du coup ils l’ont mise sous 15l (hic!). Depuis une heure (re-hic!). Un miracle qu’elle ne dorme pas encore. Sous 15 litres elle a 94% de SpO2.

Elle tire, elle inspire en 2 sec mais expire en 10; cela dit, on entend que l’air passe dans ses poumons. Sa SpO2 de base doit etre à 88% à tout casser en temps normal. Elle pianote sur son iPhone. Elle dit que ça va pas. Bah oui normal sinon elle serait au café à taper un Scrabble avec les copines. Arme à gauche, blablabla. Iphone 4GS dans la main. L’iPhone chez la mamie de 80 ans, c’est l’équivalent gériatrique du poupon rose qui empile des cubes en gazouillant. Moderne la mamie, j’ai pensé.

Bon. D’abord on baisse l’oxygène, objectif de SpO2 90% grand maxi. On lui fait une gazométrie. Pour voir combien elle est acide maintenant qu’on l’a oxygénée un peu trop bien et trop longtemps.

Elle a une place en pneumologie dans 30 min? super. Ben ils lui feront la VNI et ça ira mieux.

Aérosols bronchodilatateurs une Xe fois. Comme s’ils avaient pas déjà fait, les urgentistes! Non mais je vous dis, y’a rien à faire, la Réa ça rend vraiment con et prétentieux. Et on temporise. A dispo. La pneumo rappelera si sous VNI ça va pas non plus.

Et puis je suis rentrée à la maison (en réa, donc).

On allait enfin se mettre à table 1h30 plus tard, je vais chercher le chef et on me dit qu’il est parti sur un arrêt. Aux urgences.

Je ne veux pas mais je sais déjà qui c’est. D’ailleurs je ne demande ni le nom ni la chambre. Je me dirige directement dans la chambre de ma petite dame, en plein massage cardiaque. Bingo. Paf le tube paf l’adré, on la rattrappe.

On l’a trouvée en arrêt quand on est venus la chercher pour la transférer en pneumo.

Alors quoi?

Alors j’ai pas fini ma journée dans la joie et le bonheur du travail bien fait. Ça je vous le dis.

La gazo que j’ai demandée et que je n’avais pas encore vue montrait comme je m’y attendais, une acidose avec une grosse hypercapnie.

Hypothèse n° 1: elle est devenue encéphalopathe à défaut de dormir, a enlevé son oxygène, a désaturé, paf l’arrêt.

Hypothèse n° 2: elle s’est épuisée, paf l’arrêt. Ma faute. Ma-faute-ma-faute-ma-faute.

S’ensuit une période d’auto-flagellation, une pinte de blonde méditative le soir-même sans grand effet avec soûlage de PCP (Petit Copain Patient), et encore une nouvelle période d’auto-flagellation plus calme et un nouveau trashage hépatique. Ce matin, réveil difficile donc, mais éclairé (logique, selon La Théorie du Gnou qui se confirme, une fois encore).

J’ai merdé. Mer-dé. C’était ça le gros malaise.
Mieux qu’un colloque morbi-mortalité.

D’ailleurs, j’ai demandé à mon chef, il m’a dit que c’était pas vraiment de ma faute.

Sauf que, honnêtement, je vais vous dire.

Oui ça nous gavait tous de faire une entrée, pour une patiente qui avait déjà sa place réservée en première classe en pneumo, tellement pénibles pour reprendre nos patients derrière après quand ça bouchonne chez nous. Je suis allée la voir avec un biais déjà en tête, j’étais pas objective, j’ai cherché tous les arguments possibles pour la récuser, alors qu’il y en avait probablement autant pour l’admettre.

Il y a le manque d’expérience aussi, qui serait assez confortable pour me planquer dans une victimisation douillette. Mais non. Suis jeune mais pas débile.
J’avais des arguments pour l’admettre en Soins aigus.

Ça aurait peut-être rien changé, peut-être si.

Puisqu’il faut bien tirer des leçons de nos erreurs et puis tourner la page, alors blablabla voici la leçon de morale qui s’ensuit:

Ne jamais aller voir un patient avec un apriori. Qu’il ait déjà été évalué par l’externe, le collègue, le chef ou par Bob Dylan. Le patient d’abord. Oublier la faim, la fatigue, les soucis.

Le patient d’abord. Amen.
Voilà.

En fait, je le savais un peu, mais je viens de réaliser vraiment qu’il ne se passe pas un jour où je suis pas fatiguée, ou débordée, ou affamée, ou préoccupée, avec une répercussion plus ou moins négligeable sur ma pratique. Ça a même inhibé momentanément mon cynisme, j’ai l’impression d’écrire un épisode de Martine là, ça va pas du tout.
Ça vaut le coup de faire couler de l’encre.

J’écris jamais des histoires de chasse sur ce blog, vous l’aurez remarqué (ou pas).

Je n’ai jamais considéré l’idée de vous raconter mon quotidien banalement héroïque et palpitant et j’ai choisi de me baser sur la documentation, des fiches pratiques, des algorythmes, des cas cliniques…
Ça fait pas exploser l’audimat mais ça file un coup de main aux quelques collègues qui ont googlisé "ECG pour les nuls help".

Huit ce jour. Et ça me suffit.

Martine

NB: SpO2: saturation d’oxygène. ACR: arrêt cardiorespiratoire

Vidéo

Oui, on nous prend vraiment pour des cons

1 avr

http://www.xtranormal.com/watch/7056659/er-vs-cardiology

Pneumonies et quand/comment est-ce qu’on traite une exacerbation BPCO

28 jan

Toujours bon à lire et relire. Je pense.

Antibiothérapie par voie générale dans les infections respiratoires basses de l’adulte

  • Pneumonie aiguë communautaire
  • Exacerbations de Bronchopneumopathie Chronique Obstructive 

Pneumonies & Antibiotiques. Consensus 2010

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Score ASIA – Evaluation neurologique du traumatisé médullaire

18 jan


ASIA

Toxidromes – Les intoxications aux urgences

13 jan

Voici un résumé sorti de l’excellent cours de DESC MU du Pr Mégarbane et d’autres sources que je cite dans le document.

Une petite review en format pdf sans prétention, qui se veut digeste, et portable:

Toxidromes

Ci-dessous:

Recommandations d’Experts: intoxications graves par médicaments et substances illicites en réanimation

L’ischémie à l’ECG sur un BBG/BBD

16 sept

Parce qu’on peut avoir un infarctus et un BB gauche ou droit!
Oui c’est embêtant, et par un hasard malheureux, la question se pose souvent quand on n’a personne sous la main chez qui aller pleurer avec notre tracé 12 dérivations.

ECG_BBD_BBG

MEDCONF2004

Site de e-cardiogram avec tous les ECG, les pathologies, et des quiz avec leurs explications: http://www.e-cardiogram.com

L’ECG normal

12 sept

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